Sultanat d’Oman: le carnet de voyage
En altitude
Après un peu moins de deux heures de route, nous parvenons à Nizwa. Nous galérons un peu à trouver l’hôtel, les coordonnées GPS de notre hébergement nous amenant sur un terrain vague…
Cette ancienne capitale jouit d’un très beau souk entouré de remparts. Tant est si bien que nous faisons un large détour à notre arrivée dans la ville, pensant injustement que les grandes portes boisées marquaient l’entrée du château et non celle du souk…
Très organisé et assez animé, nous déambulons dans ce marché, toujours plus orienté sur la clientèle locale que touristique. Nous passons un moment sur le marché aux poissons qui contrairement aux villes côtières, s’ouvre en soirée.
Les vendeurs sont âgés, voire très âgés. Le souk aux dattes est dans le noir complet, animé par un unique vieillard presque aveugle. Ne parlant pas anglais, mais suffisamment commerçant, il parvient à nous vendre deux boites de dattes.
Nous profitons du jour suivant pour visiter les alentours.
Nous commençons notre journée par Misfah, petit village perché sur une montagne. La route est sinueuse et inconnue du GPS. Arrivés, nous parcourons les ruelles étroites. Une famille nous invite à partager leur café et leurs dattes sur le perron de leur maison. Lorsque les enfants rentrent de l’école, nous leur offrons quelques fournitures scolaires trainant dans notre sac. La réputation de l’hospitalité omanaise n’est pas usurpée. En revanche, plus nous nous éloignons de Mascate, plus la pratique de l’anglais est rare chez les habitants.
Nous poursuivons la visite par le contre-bas du village, constitué de petits jardins privés, irrigués par des canaux. Ce sont ces fameux canaux qui servent à progresser dans cette petite oasis. Quelques vieillards portent des sacs sur leurs épaules en enjambant avec adresse les canaux. Les terrasses sont magnifiquement aménagées, mais c’est là encore l’hospitalité qui marque le plus cette promenade. Difficile d’imaginer en Europe de laisser les étrangers se balader librement dans nos jardins.
En remontant par l’autre flanc de la colline, un groupe d’omanais nous invite à partager leur pique-nique. Hommes et femmes déjeunent séparément. Je me sépare donc de Vali. Elle est entourée d’étudiantes plutôt bavardes, dont certaines parlent anglais. Je suis en compagnie d’un homme assez âgé, parlant quasiment pas anglais.
Le repas commence par une sorte de crêpes avec du fromage similaire à la vache qui rit… Étonnant mélange. Un lait au goût bizarre permet de digérer ce mélange peu commun. Je me rattrape sur le « kawha », sorte de café à la cardamone, accompagné de dattes. Je repartirai avec un sac de dattes.
Après ce repas « local », nous partons pour la Wadi Ghul. Huit kilomètres à progresser dans un canyon plutôt cabossé, voire humide, la rivière traçant la piste à suivre. Nous nous croyons dans un film d’Indiana Jones. Le paysage est magnifique et s’éclaire en fin de journée. Les parois sont vertigineuses. Le canyon Al Nakhar est l’un des plus majestueux et nous aurons l’occasion de le découvrir d’en haut depuis Djebel Shams.
Un village de tisseurs à flanc de falaise prend place au bout du canyon. L’occasion de leur acheter un tapis fait main.
Nous progressons ensuite à pied au milieu des roches, écoutant le vent souffler entre les parois.
Nous quittons Al Nakhar pour flâner en bordure des cultures à l’entrée du canyon. Nous sommes là encore invités par les paysans à entrer dans leur jardin pour discuter et partager quelques instants. L’hospitalité est décidément reine dans ce pays ! L’un nous invite à prendre le café chez lui, mais nous nous devons de refuser, le soleil commence à disparaître et la fatigue de la journée commence à se faire sentir.
Le lendemain, nous nous attaquons au plateau de Al Saik. Là encore, la route est inconnue du GPS, et les écritures différèrent entre Saik, Saiq, Sayk puis finalement Seek. Il nous faut d’abord commencer par une route nous amenant à plus de 2000m d’altitude. Seuls les 4×4 sont autorisés à l’emprunter, un poste de contrôle filtrant l’entrée et donnant les petits conseils d’usage. Et la route est rude ! Des épingles à cheveux et des pentes à pourcentage élevé bloquent notre 4×4 à 40, voire 30 km/h à fond d’accélérateur !
Nous traversons la couche nuageuse qui devient une mer de nuages une fois en haut. Nous nous orientons ensuite vers le Wadi Bani Habib qui nous permet de découvrir deux villages abandonnés perchés à flanc de montagne. Moins luxuriant que les précédents Wadis, probablement an raison de la saison, la marche se révèle assez difficile. Pour atteindre les villages, nous progressons à même la falaise, sur un chemin de chèvres, les roches dépassant la hauteur de nos jambes. Équipés en sandales et de nos seuls appareils photos, nous éprouvons une grande joie lorsque le village est atteint !
Après avoir redescendu la falaise, non sans mal, nous découvrons qu’un petit sentier mène au village par un accès bien plus aisé…
Nous finissons la matinée par la visite de Seek, avant de prendre la route en sens inverse et de nous diriger vers Djebel Shams.
La route qui nous attend est encore très pentue et fait souffrir le 4×4 malgré une puissance confortable. Il dépasse par endroit difficilement les 30 km/h. La fin de la route n’est pas bitumée, et rappelle quelques souvenirs de Namibie. Certaines berlines empruntent également la route à très faible allure.
Nous arrivons en fin de journée dans notre campement. Mais, celui—ci a oublié notre réservation et affiche complet… Pas de panique, après quelques échanges avec notre agence et le campement, un autre chalet nous est trouvé. Nous repartons pour 20km de piste en épingle à cheveux et prenons possession de notre chalet. Arrivant de manière impromptue, nous serons privés d’eau chaude le soir…
Malgré ce petit contretemps, nous parvenons à profiter du coucher de soleil depuis notre campement. Nous sommes épuisés, et devons nous lever aux aurores car souhaitons profiter du marché aux bestiaux de Nizwa qui ne se déroule que le vendredi.
Réveil à 5h45, sans électricité… Nous nous équipons dans le noir et reprenons la route de la veille en chemin inverse. Nous croisons un 4×4 sur la piste bien étroite malgré l’heure et la nuit noire. L’autre 4×4 semble à son affaire pour la manœuvre, mais ce n’est pas lui qui est du côté du précipice. Ça passe !
Nous arrivons à 7h à Nizwa et peinons à nous garer tellement la foule est là. C’est animé ! Très animé !
Les chèvres et moutons tournent en rond à coup de négociations et de « palpages » avant de changer de propriétaire. Les autres souks s’animent également plus que les autres jours. Nous ne regrettons pas notre réveil matinal.
Une fois la matinée écoulée, nous retournons…. vers Djebel Shams en empruntant une nouvelle fois cette route bien sinueuse et pentue !
Nous nous attaquons à la randonnée le long du canyon Al Nakhar, que nous avions parcouru d’en bas à l’aide de notre 4×4 quelques jours auparavant.
Trois heures de randonnée en fin de journée qui nous amènent à un ancien village abandonné il y a 40 ans et posé sur la falaise. La randonnée est à flanc de falaise et mieux vaut ne pas avoir le vertige.
Nous récupérons notre 4×4 au soleil couchant pour contourner Djebel Shams par les pistes. Elles n’apparaissent pas sur la carte ou le GPS, mais notre instinct nous laisse supposer qu’elles conduisent à notre campement. Nous traversons un hameau et un villageois ne cache pas sa surprise de voir deux touristes mais celui-ci nous confirme notre intuition. Quarante minutes plus tard, nous retrouvons notre campement, avec une angoisse non dissimulée de ne pas avoir d’eau chaude. Et l’eau chaude est bien là ! Quel bonheur ! Nous sommes éreintés, assommés et les yeux peinent à rester ouverts. Le froid est glacial, le thermomètre affiche 3°C et la moindre sortie nous effraie. Nous allons diner dès l’ouverture du restaurant en bravant le froid. On nous apprend qu’un feu s’organise au campement. Nous nous y rendons sans conviction, le froid et la fatigue nous encourageant à nous ranger sous la couverture.
Mais miracle, le feu nous réchauffe sans mal alors que le chauffage du chalet avait échoué. Nous nous affalons sur des tapis et coussins à la lumière des flammes. Nous prenions cette initiative comme une « attraction touristique ». Mais absolument pas. Nous étions les « invités ». Ces soirées près du feu sont une tradition omanaise. Tous les omanais du coin étaient présents, et festoyaient en cœur. Les touristes étaient bien peu nombreux en comparaison de nos hôtes. Ils nous invitent à boire du thé et à manger de l’ail cuit au feu de bois. C’est délicieux.
L’un se met à jouer de la corne muse de manière remarquable. Les omanais se mettent à danser et jouer de leur corps de manière inimaginable. L’ambiance est exaltante et nous restons tardivement près du feu malgré la fatigue. Et quand le froid se fait sentir, nous nous mettons aussi à tournoyer autour du feu en compagnie de nos hôtes.
Au petit matin, nous faisons route vers Mascate pour 36 heures de farniente, et soigner nos cernes. L’occasion de découvrir la partie plus « occidentale » de la ville et son immense plage de sable fin. Et de profiter de quelques bières, boisson que j’affectionne particulièrement en voyage et si rare dans cette contrée….
PhotoBlog JC & Vali







